...car nous reviendrons certainement un jour! Nous avons quitté ce beau pays de façon un peu précipitée, car à l'heure où j'écris ces lignes, je me trouve à Copacabana, Rio de Janeiro (Brésil). Pourquoi cette hâte? En fait, c'est la faute de la Coupe du monde de foot!
Retour à Ushuaia, dans notre cabane confortable au bout du monde. Au cours de nos séances de planification de la partie africaine de notre périple, nous constatons définitivement qu'il nous sera impossible d'obtenir des billets d'avion pour l'Afrique du Sud entre le 11 juin et le 11 juillet. Après mûre réflexion, nous avons donc décidé de modifier le parcours: nous embarquerons à Rio avec destination Dakar au Sénégal. Ensuite, nous rallierons l'Afrique du Sud par la voie terrestre. Trop tard pour la Coupe du monde, mais mieux que de ne pas visiter la Namibie ou l'Afrique du Sud pendant ce voyage.
C'est donc avec notre nouvelle destination, Dakar, à l'esprit, que nous quittons un peu malgré nous Ushuaia, et en même temps les Andes, le Pacifique et la Panaméricaine qui nous avaient si fidèlement accompagnés ces derniers mois. Ce qui nous attend désormais, ce sont 3076 kilomètres de pampa monotone, jaunâtre et plate.
La Ruta 3, rectiligne, nous emmène à travers ce paysage ennuyeux, offrant une vue identique du matin au soir. Seuls contacts humains, les pompistes et camionneurs: tous les autres voyageurs prennent l'avion!
Après deux jours et demi de cette monotonie, il nous faut une distraction: nous bifurquons vers la Péninsule de Valdez, une réserve naturelle classée patrimoine mondial par l'UNESCO. Le classement est dû à la présence de baleines dans les baies, qui s'y reproduisent entre juin et décembre. Conséquence désagréable: les prix pratiqués par les auberges et restaurants ont atteint des niveaux exorbitants: nous abandonnons nos rêves de douches et squattons le camping municipal (fermé). Le lendemain, les baleines nous récompensent pour notre patience: à quelques mètres de la plage, elles se reposent dans l'eau peu profonde, nageoires en l'air, le ventre blanc exposé au soleil! Noter première pensée était: oh mon dieu, une baleine morte! Mais non, elles sont en pleine forme, on a presque envie d'aller leur gratter le ventre...
Après 6 jours de route, nous arrivons finalement à Buenos Aires, métropole de 11 millions d'habitants. Après tout ce temps de solitude et de privation sensorielle, le choc est grand quand nous sommes subitement entourés de masses en liesse!
Sans l'avoir prévu, nous arrivons juste à temps dans la capitale pour les festivités du bicentenaire de la révolution de mai 1810! Nous réussissons en dernière minute à trouver une chambre dans le quartier Palermo, et que la fête commence!
Nous nous laissons entraîner par la foule, passons des heures à assister à des parades militaires, des défilés et divers concerts publics. Malgré plusieurs pauses dans de sympathiques cafés de la ville, nous abandonnons cette folie organisée en soirée. Les festivités continuent pendant quatre jours, nous quittons la ville le troisième jour direction les cascades d'Iguazu, dans l'extrême-nord du pays.
Les distances sont énormes en Argentine, il nous faut à nouveau deux jours de route pour rejoindre Iguazu. En route, nous faisons étape à San Ignacio Mini pour visiter les vestiges d'une ancienne mission jésuite.
Les jésuites avaient essayé (et réussi pendant un certain temps) à protéger les populations indigènes de l'esclavage, avant de devoir quitter les colonies espagnoles sur ordre du roi, abandonnant les indigènes à leur sort.
Les cascades d'Iguazu représentent une digne fin pour notre périple argentin: nous passons une journée entière à admirer ces cascades, d'en-haut, d'en-bas et de côté! Les photos ne donnent qu'une impression partielle de ce spectacle extraordinaire et sonore.
De l'autre côté des cascades, le Brésil nous attend! Entrés sans problèmes, nous nous transformons de polyglottes en ignares bégayants: tout le monde ne parle plus que portugais, incompréhensible!
La conduite redevient plus aventureuse, les Brésiliens conduisent comme des fous. Le spectacle atteint son apogée au moment de traverser l'immense Sao Paulo sur une autoroute à 10 voies pour rejoindre Rio de Janeiro. Le trafic et le chaos absolu dans les rues des villes d'Amérique latine vont faire partie de mes souvenirs les plus terrifiants de ce voyage! Georges garde pourtant son calme et après une heure nous émergeons à l'autre bout de Sao Paulo et rejoignons Rio en soirée, sains et saufs.
Il est grand temps de nous reposer de ce long trajet, et un petit studio dans une ruelle de Copacabana nous le permettra sans doute. Le beau temps nous change de l'hiver argentin et nous donne l'énergie de lutter contre les moulins à vent de la bureaucratie brésilienne dans le cadre de notre tentative d'embarquer Archie pour son voyage vers Dakar.
La suite des événements, on vous la racontera depuis le Sénégal!
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